Faire l'amour, c'est quoi ? Les 5 portes d'entrée du désir et le slow sex

« Qu'est-ce que ça veut dire, faire l'amour ? » La question paraît simple. Pourtant, pour beaucoup d'entre nous, la réponse ressemble à une recette : des préliminaires, une pénétration, un orgasme, et c'est fini. Et si faire l'amour, c'était beaucoup plus large que ça ? Dans cet article, on revient sur les croyances qui limitent notre sexualité, sur les 5 portes d'entrée du désir, et sur le slow sex.
Cet article reprend l'épisode « Qu'est-ce que ça veut dire, faire l'amour ? » de notre podcast :
Les croyances qui limitent notre sexualité
Souvent sans s'en rendre compte, on a hérité d'idées sur la sexualité qui nous empêchent de la vivre pleinement.
« C'est sale, on n'en parle pas »
Dans notre société, la sexualité reste chargée de tabous, en partie hérités de la religion. Heidy a grandi dans un environnement aux valeurs catholiques : quand une scène intime passait à la télévision, on changeait de chaîne, ou un silence gêné s'installait. Ce silence crée de la honte et de la culpabilité autour du désir. On n'ose pas l'exprimer, parfois même pas le ressentir.
« Attention, c'est dangereux »
À l'école, la sexualité est souvent abordée sous l'angle du risque : grossesses non désirées, infections. Cette prévention est indispensable. Mais quand c'est le seul message, la sexualité devient une alerte plutôt qu'un espace à découvrir, et l'exploration de son propre corps passe au second plan.
Des rôles figés
L'homme serait actif et viril, chargé de « donner » du plaisir. La femme serait passive et réceptive. Ces rôles enferment tout le monde. Un homme peut avoir envie d'être dans une position plus réceptive sans que ça remette en cause sa masculinité, une femme peut avoir envie de mener, et c'est ok. Et dans les couples de même sexe, la question « qui fait l'homme, qui fait la femme ? », que Delphine a souvent entendue adolescente, n'a tout simplement pas de sens.
Une recette unique
Préliminaires, pénétration, orgasme : quand l'intimité suit toujours le même scénario, on passe à côté de toute sa richesse. Ne pas jouir en même temps, ou ne pas avoir d'orgasme à chaque fois, est tout à fait acceptable.
La logique de transaction
« Je te fais ça, donc tu me dois ça. » Cette logique empêche toute exploration, et pousse parfois à se forcer pour « rendre ». On peut plutôt voir l'intimité comme une exploration commune, où chacun·e donne et reçoit librement, selon ses envies du moment.
Redéfinir « faire l'amour »
Pour nous, faire l'amour va bien au-delà de l'acte physique et de l'excitation. C'est un moment de connexion et de partage, une forme de communication entre deux personnes, qui touche plusieurs dimensions à la fois : physique, émotionnelle, énergétique, et même spirituelle pour certain·es.
Au début de notre relation, nous nous sommes un jour assises l'une en face de l'autre, sans parler, à nous regarder dans les yeux pendant plusieurs minutes. Ce moment, sans aucun geste physique, a été l'un des plus intimes que nous ayons vécus. C'est là que nous avons compris que l'intimité ne se résume pas à ce qui se passe au lit.
Le point de départ, c'est l'écoute de soi. Le désir est comme une boussole intérieure : pour suivre sa direction, il faut d'abord ralentir et se demander « de quoi j'ai envie, là, maintenant ? ». Puis l'exprimer à l'autre, sans peur du jugement.
Les 5 portes d'entrée du désir
La sexothérapeute Margot Fried-Filliozat, auprès de qui Heidy s'est formée, décrit 5 « langages sexuels », ou portes d'entrée dans l'intimité. Un peu comme les 5 langages de l'amour de Gary Chapman, mais appliqués au désir : chacun·e a besoin de passer par une ou plusieurs portes pour se sentir ouvert·e à une connexion intime.
- Le langage physique : le corps, l'excitation, l'élan, l'action. C'est le langage le plus représenté dans les films et la pornographie.
- Le langage émotionnel : j'ai besoin de me sentir connecté·e émotionnellement avant tout. Mots doux, regards tendres, sentiment d'être en confiance.
- Le langage mental : les mots, l'imagination, les fantasmes, et la clarté. Par exemple, savoir que les enfants ne vont pas rentrer, ou avoir fini sa to-do list avant de pouvoir se rendre disponible.
- Le langage énergétique : se sentir relié·e à l'autre et à quelque chose de plus grand, ressentir la vitalité qui circule en soi.
- Le langage sensuel : les caresses, le massage, les odeurs, les goûts, les sons, une ambiance qui éveille les sens, et du temps pour explorer sans se presser.
Connaître sa porte d'entrée, et celle de son ou sa partenaire, permet de mieux comprendre ses besoins et ceux de l'autre. Si l'un·e passe par l'émotionnel et l'autre par le physique, beaucoup de malentendus s'éclairent. Pour aller plus loin, nous vous recommandons le livre de Margot Fried-Filliozat, ainsi que le quiz proposé sur son site pour identifier vos portes d'entrée.
Le slow sex : ralentir pour ressentir
Le slow sex, décrit notamment par Diana Richardson, ce n'est pas « faire l'amour comme une tortue ». C'est apprendre la lenteur : remplacer la performance et l'objectif par la présence, et porter son attention sur chaque sensation, chez soi et chez l'autre.
Le slow sex ne se limite pas à l'acte lui-même. Il commence bien avant : un dîner où l'on prend le temps, une conversation plus intime, des regards, des caresses. Et il peut finir de plein de façons. Si, ce soir-là, vous êtes fatigué·es et que vous vous endormez simplement dans les bras l'un·e de l'autre, c'est très bien aussi.
3 choses à essayer cette semaine
- Le regard. Asseyez-vous face à face et regardez-vous dans les yeux pendant trois à cinq minutes, sans parler. Puis partagez ce que vous avez ressenti.
- Exprimer un désir sous forme de proposition. Par exemple : « J'ai envie qu'on essaie quelque chose de nouveau ensemble. Est-ce que ça te dit ? » L'autre reste libre de dire oui ou non.
- Un moment d'intimité sans objectif. Décidez à l'avance qu'il n'y a rien à atteindre : ni orgasme, ni « aller jusqu'au bout ». Juste le plaisir d'être ensemble, à votre rythme.
Pour aller plus loin
L'étape « Explorer l'intimité » du Carnet d'Exploration à Deux vous accompagne pour réveiller la sensualité, dans le respect des envies et des limites de chacun·e. Et la catégorie « Intimité » du jeu Parlons Love propose des questions et des actions pour en parler plus facilement, sans gêne.
Tous nos épisodes sont sur la page du podcast.
Delphine Reposeur, coach & thérapeute relationnelle, et Heidy Fajardo, sexothérapeute & danse-thérapeute.


Écrit par Delphine Reposeur et Heidy Fajardo. Delphine est coach & thérapeute relationnelle, Heidy est sexothérapeute & danse-thérapeute. Ensemble, elles accompagnent les couples et animent le podcast Conscious Love. Notre histoire →



